Le sexe est-il meilleur sur Second Life?
03/02/2010
Un couple de Montréalais se sépare parce que l’homme préfère sa vie sur Second Life que celle avec sa femme. Un homme est mis à la porte de son emploi parce qu’il ne peut s’empêcher de passer des heures à consulter des sites pornographiques à son travail. Un Japonais se marie à un personnage de jeu vidéo. Qui a dit qu’Internet n’affectait pas nos rapports sexuels et affectifs?
Ces cas extrêmes sont des exemples de cyberdépendance, et évidemment, ne touchent pas l’ensemble d’entre nous. Mais il est tout de même important de s’interroger, parce que non, internet n’est pas toujours sexy.
Dans Second Life, un avatar permet d’interagir avec d’autres personnes, eux aussi branchées au bout d’images virtuelles. Ce nouveau corps qui vous représente a la possibilité de se débarasser de toutes les marques minoritaires dont vous pouvez être doté. Ethnicité, corps non normatifs, genres différents : toutes ces marques peuvent disparaître d’un seul clic. Si, au contraire, votre identité trop normative vous pèse, suffit de plonger dans l’univers de Second Life pour faire l’expérience du racisme, du sexisme, ou de d’autres formes d’oppression. Vous êtes timide et solitaire dans la vraie vie? Qu’à cela ne tienne, vous pouvez être séduisant et populaire sur Second Life. On se croirait dans un film d’ados où tout est possible, mais en réalité (en virtualité?).
La possibilité d’adopter de toutes nouvelles identités a de quoi séduire, surtout dans un monde où les pressions sociales sont énormes lorsqu’il s’agit de sexualité. Rencontrer, dater, flirter, se fréquenter, apprivoiser la sexualité de l’autre, établir une intimité, partager des envies et des fantasmes refoulés… autant d’étapes où l’on doit prouver sa valeur, vivre déceptions, tristesses, rejets.
Éviter tout cela pour vivre dans un monde où tous nous acceptent tel que l’on est (tel que l’on se présente) ? Tentant. Pourquoi vivre une sexualité avec de vraies personnes, alors que la pornographie en ligne non seulement est partout accessible, mais que des machines de sexualité virtuelle permettent de véritablement immerger cet univers… sans avoir à subir la honte des pressions sociales liée à un tel comportement.
Mais la pornographie a toujours existé, et les excuses pour se soustraire aux pressions sociales liées à la sexualité aussi. Dans cet article où la bloggeuse commente le cas d’un mari qui s’échappe du lit conjugal pour jouer à Farmville sur Facebook, l’auteure commente avec justesse :
Are our lives changing? It’s interesting to me that a few years ago, he’d be like, “gotta go now, the footy is on the telly”. People don’t change. Just their pathetic excuses do Or is social gaming somehow a different beast? Have we time shifted our television viewing just to be sucked into the false urgency of reaping crops?
Qu’est-ce qui change? Peut-être que pour la première fois, le monde des artifices n’est plus seulement devant nous, dans nos écrans de télévisions et entre les pages de nos magazines, mais autour de nous, dans un univers où nous pouvons véritablement plonger : où la délimitation entre réalité et fiction n’existe plus.
Qui est le vrai soi? Celui doté d’un corps absent et insatisfait? Ou celui qui s’épanouit véritablement dans Second Life?
Entry Filed under: Internet,Web 2.0. Tags: cyberdépendance, relations, Second Life, sexe, virtualité.



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