Le plaisir de se montrer

27/01/2010

J’ai écrit dans un article précédent sur les cours de striptease, afin d’ouvrir la question sur ce que ça changerait de se dénuder à travers une webcam plutôt que « dans la vraie vie » (ou en RL). Lorsqu’on associe webcam avec striptease, les premières images qui viennent en tête peuvent être assez creepy : des étrangers solitaires qui s’échangent des vidéos pornographiques pour tuer leur ennui tout en «s’accaparant» et «objectivisant» l’image de l’autre. Mais si on décidait de pousser un peu plus loin la réflexion?

Imaginez la scène. Votre amoureux ou amoureuse est à l’extérieur de la ville pour plusieurs semaines, vous vous morfondez. Vous pouvez profiter de plaisirs solitaires, bien sûr. Mais rien ne vous fait plus envie que de contempler le visage de l’être aimé dans une contraction orgasmique. Heureusement, il y a Skype. Puisque la sexualité n’est pas qu’une stimulation des corps, mais aussi un lien avec une/d’ autre(s) personnes, pourquoi ne pas utiliser le médium d’internet pour parvenir à ces fins?

Est-ce que retirer du plaisir de l’observation de quelqu’un d’autre, qui s’effeuille, se caresse, se dénude, est de l’objectivisation?  Que penser du plaisir que la personne qui se dénude éprouve non seulement à se montrer, mais aussi à donner du plaisir à l’autre en ce faisant? En un mot, pourquoi est-il jugé négativement d’être objet de désir ?

Puisque nos désirs font partie intégrante de notre identité, les nier revient peut-être davantage à une négation identitaire que les assumer… Désirer quelqu’un ne signifie pas nécessairement le réduire à un objet innanimé dénué de toute profondeur. D’ailleurs, reconnaître que l’on peut retirer du plaisir du corps de quelqu’un et de la relation de désir qui est entretenue avec lui ou elle n’est qu’un des premiers moteurs de la sexualité, non?

Nous vivons assez bien dans ce schéma du désir, alors pourquoi est-il problématique de le transposer dans la réalité virtuelle? Qu’est-ce qui pose problème? Est-ce parce que l’accès au corps de l’autre est limité? Il ne s’agit alors pas de la «vraie» personne, mais seulement d’une représentation. Dans ce cas, on a l’impression de ne pas avoir accès à l’ensemble de son être. Pourtant, cet accès peut-il vraiment être atteint de quelque manière que ce soit? D’ailleurs, ne sommes-nous pas en constante représentation?

Je digresse. Mais il reste quelque chose de troublant dans cette hésitation à franchir le prisme de la virtualité pour accéder à nos désirs. Puisque le schéma reste le même, et qu’il ne s’agit que d’une façon supplémentaire d’expérimenter toutes les facettes et les plaisirs qu’offre la sexualité, pourquoi ne pas se laisser aller?

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2 Comments Add your own

  • 1. Charlotte  |  15/02/2010 at 09:42

    Bien que peu familière avec l’idée d’objectivisation, en tant que pratiquante du cyber-sexe avec un partenaire unique et régulier (aucune relation d’emploi ;) ) je peux dire que je vois le cyber-sexe comme une forme très intime de sexualité : non seulement on se montre dans une position généralement prise dans une intimité solitaire, mais on est encore plus conscient-e de plein de petites choses : ce à quoi on ressemble (oui souvent on peut se voir aussi), le bruit qu’on fait, etc. Voir le partenaire aussi dans cette position ça change la perspective qu’on avait sur lui/elle. Il y a comme un sentiment de vulnérabilité (et si quelqu’un frappait, et si quelqu’un entrait sans frapper, et s’il me jugeait etc). C’est plus intime, parce que c’est moins un jeu à deux qu’un jeux en parallèle… impossible d’intervenir avec son propre corps….

    La webcam pour moi n’enlève pas l’intimité, elle l’approfondit…

    Enfin, bien que je ne considérerais pas ça comme une pratique qui devrait être majoritaire dans ma vie personnelle (frustration garantie en fait) je le recommande à tous les couples au moins temporairement à distance….

  • 2. Tanya  |  16/02/2010 at 09:33

    Merci Charlotte pour ce témoignage!

    En gros, l’objectivisation est de considérer un être humain comme objet (notamment sexuel), en lui retirant son pouvoir d’agir. La personne est alors utile uniquement pour satisfaire les besoins, désirs et plaisirs du sujet (celui/celle qui objectivise).

    Mais comme tu le remarques justement, une relation intime, consentante et agréable avec un partenaire choisi qui permet d’élargir sa sexualité … ça semble à recommander.

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