Durs lendemains
10/01/2010
Dimanche matin, 10h. Michelle émerge d’un sommeil comateux provoqué par des litres de téquila et de bière à rabais. À la tentative de retracer le fil des événements de sa soirée précédente – où elle se rappelle vaguement avoir assisté à une fête – seul un grand trou noir empli sa mémoire.
Michelle se lève en chancelant, avale quelques aspirines et engloutit plusieurs verres d’eau à la chaîne, question de rendre sa tête claire afin de mener l’enquête qui s’impose. Comprendre pourquoi elle porte le t-shirt d’une personne qu’elle ignore est urgent. Après une fouille ralentie par des étourdissements momentanés et des sens en déroute, Michelle sait qu’aucun autre objet inconnu ne se trouve dans son appartement.
« Plus jamais… Alcool… » se répète-t-elle en fouillant les décombres de son manteau et de son sac à la recherche de son cellulaire. Une fois récupéré dans la salle de bain, elle l’ouvre avec l’intention d’appeler son amie Kim en quête d’indices. Un message-texte de celle-ci l’attend :
« Bon réveil! Je vais bruncher en famille je t’appelle quand je reviens. J’ai hâte de savoir ce qui s’est passé. »
Michelle panique.
Des scénarios se bousculent dans sa tête sans que son corps sous l’effet de l’alcool ne puisse suivre le sentiment d’énervement. Pas de respiration rapide ou de pouls accéléré, seulement le besoin immédiat de s’asseoir. Elle s’effondre sur sa chaise de bureau et ouvre machinalement son ordinateur.
Sur Facebook, un petit carré rouge lui indique une dizaine de notifications. Des tags sur les photos prises par des connaissances retracent sa soirée à la fête. Visage heureux, ivres, déchaînés, des corps qui se déhanchent, des gros plans qui affichent une bouche tordue, des yeux croches et un maquillage dégoulinant que Michelle détague soigneusement. Une dernière photo représente Nick, l’homme qu’elle tente de séduire depuis des semaines, arborant le t-shirt qu’elle porte.
Sans savoir si elle doit se réjouir ou non, Michelle retourne dans son lit, murmurant avant de retomber dans les vapeurs éthyliques :
« Facebook… ma seule mémoire… Merci. »
Entry Filed under: Fiction. .
2 Comments Add your own
Leave a Comment
Some HTML allowed:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <pre> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>
Trackback this post | Subscribe to the comments via RSS Feed

1.
calou | 11/01/2010 at 23:16
ceci répond peut-être à l’une des questions récurrentes que je me pose : pourquoi les gens s’entêtent à taguer des images de gens saoul dans des états peu glorieux?
… pour les aider à retracer le fil des soirée trop arrosées…
2.
Tanya | 12/01/2010 at 16:04
Peut-être que les gens s’entêtent à taguer les gens saoûls parce que peut-être vaut-il mieux être saoul, moche et peu glorieux que ne pas exister du tout.